J'avais quatorze ans, quand ma vision du monde a définitivement changé. La musique est un art à part. Immatériel, omniscient, elle ne décrit, ou ne s'inspire pas du réel. Elle n'imite pas celui-ci comme la peinture, la sculpture ou le cinéma. La musique s'adresse à un sens obtu, l'ouïe, laissé à l'abandon de part son improductivité relative, elle s'apparente à un univers en soi, les musiciens à une communauté d'élus. Si je n'en fait pas partie, j'utilise ce language de l'imaginaire pour voyager au grès de ma perturbante émotivité.
J'avais quatorze ans et j'ai commencer à lire, parler et voir par la musique. Toujours maladroit quand il s'agit de nommer ou de classifier, je n'ai cessé de me référer inconsciemment à ce monde parallèle, comme pour adoucir les cisaillements que réserve la vie. J'ai vécu mes premiers amours déçus comme mes premiers engagements en ne me séparant jamais de cette capacité d'enchantement du réel. Enfant du rock, la soif de découvrir des territoires inconnus m'a irrémédiablement tourmenté. Insassiable je me suis parfois perdu dans le culte de la nouveauté. Internet aidant, le trop plein a vite saturé ma vision. Mes pensées ont cessé d'éclore par la magie d'une concentration nimbée d'électricité. Il n'empêche, ce monde qui m'entourre, superfétatoire et pourtant si tragique, nécessite des repères idéels stable. Chacun les siens. A l'heure des bilans, comme à l'heure de la soupe froide, des rythmes saccadés, des guitarres mélancoliques ou des voix au timbre élégant m'invitent à prendre de la hauteur, à relativiser, à foncer, à intérioriser. Les notes cristalines comme les basses les plus salopées ont un sens que les mots ne peuvent se permettre d'enfermer, de réduire. En revanche, la musique émancipe l'écriture.
J'avais quatorze ans et mon oreille s'est perdue dans un océan sonique, où la violence devient méditative, où le silence annonce la tempéte et où la joie se conjugue si magnifiquement au singulier. Soutirant les oeuvres à leur auteurs, refusant la domination de leur savante caste, je n'accorde que peu d'intérêt à leur personnalité. Façonnant secrétement mon univers, je n'ai que peu goûter aux concerts et autres performances organisées, me sentant toujours aussi seul au milieu d'une foule incongrue à cette union d'étrange rationnalité et d'émotion.
J'avais quatorze ans et j'ai commencer à lire, parler et voir par la musique. Toujours maladroit quand il s'agit de nommer ou de classifier, je n'ai cessé de me référer inconsciemment à ce monde parallèle, comme pour adoucir les cisaillements que réserve la vie. J'ai vécu mes premiers amours déçus comme mes premiers engagements en ne me séparant jamais de cette capacité d'enchantement du réel. Enfant du rock, la soif de découvrir des territoires inconnus m'a irrémédiablement tourmenté. Insassiable je me suis parfois perdu dans le culte de la nouveauté. Internet aidant, le trop plein a vite saturé ma vision. Mes pensées ont cessé d'éclore par la magie d'une concentration nimbée d'électricité. Il n'empêche, ce monde qui m'entourre, superfétatoire et pourtant si tragique, nécessite des repères idéels stable. Chacun les siens. A l'heure des bilans, comme à l'heure de la soupe froide, des rythmes saccadés, des guitarres mélancoliques ou des voix au timbre élégant m'invitent à prendre de la hauteur, à relativiser, à foncer, à intérioriser. Les notes cristalines comme les basses les plus salopées ont un sens que les mots ne peuvent se permettre d'enfermer, de réduire. En revanche, la musique émancipe l'écriture.
J'avais quatorze ans et mon oreille s'est perdue dans un océan sonique, où la violence devient méditative, où le silence annonce la tempéte et où la joie se conjugue si magnifiquement au singulier. Soutirant les oeuvres à leur auteurs, refusant la domination de leur savante caste, je n'accorde que peu d'intérêt à leur personnalité. Façonnant secrétement mon univers, je n'ai que peu goûter aux concerts et autres performances organisées, me sentant toujours aussi seul au milieu d'une foule incongrue à cette union d'étrange rationnalité et d'émotion.
Daniel Barenboim écrivit, suite au décès de son ami E. Saïd, tout en rappelant que la musique est faite de sons mais que les sons ne se constituent pas spontanéement en musique, que la "différence entre la force et le pouvoir équivaut à celle entre le volume et intensité. Quand on parle d'un musicien en ces termes : "ce qu'il fait n'est pas assez intense", la première réaction est d'augmenter le volume. Et c'est justement le contraire : quand le volume est bas plus forte est la nécessité d'intensité, quand le volume est fort, il ce fait l'obligation d'une force tranquile dans le son".
J'avais quatorze ans et "Diamond sea" de sonic youth inonda mes oreilles.
un disque donc : sonic youth "washing machine" et plus récemment "the destroyed room, rarities and b-sides"


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